23h47.
J'ouvre la porte de ma chambre d'hôtel, lentement. La lumière est éteinte, mes yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité tandis que je referme la porte derrière moi. Il fait froid, bizarrement. Je m'aventure dans la pièce, cherche à tâtons le fauteuil près de l'entrée. Quand je le trouve enfin je m'y laisse tomber, exténuée. Je ferme les yeux quelques secondes puis entreprends d'enlever mes chaussures, j'ai affreusement mal aux pieds. Je me relève & me cogne contre le bois du lit. Je peste en silence puis remarque les porte-fenêtres donnant sur le grand balcon sont ouvertes, les rideaux blancs dansent, soulevés au grès de la légère brise qui souffle dehors. Maintenant que mon regard s'est complètement fait au noir, je peux m'avancer dans la chambre sans trop d'hésitations. Arrivée sur le balcon, je m'accoude au garde corps, ferme les yeux & inspire l'air frais de la nuit. En bas, dans la rue, Paris est toujours en mouvement ; cette ville ne dors décidément jamais. Je contemple la tour Eiffel non loin, derrière quelques immeubles. La mélancolie des jours où cette ville m'était inconnue me met les larmes aux yeux. Qu'est-ce que j'aimerais être tout juste arrivée & avoir encore tout à découvrir ... Ressentir l'excitation de la découverte avenante, l'odeur de la curiosité & la soif de bonheur. Mais non, j'ai à présent tout vu de cette ville ; ses bons comme ses mauvais côtés. A nouveau, j'inspire une grande bouffée d'air avant de revenir dans la pièce. Une odeur de cigarette y flotte encore ; je vois ton paquet de Marlboro sur la table de chevet près du lit. Mes yeux se baladent dans la pièce pour finalement venir se poser sur ton corps inerte, sous les draps. Ta poitrine se soulève juste au fil de ta respiration. Ça m'emplis de sérénité & je te souris, adorable petit Ange endormi. J'ai envie de te réveiller & de te crier que je t'aime comme personne, j'ai envie de te réveiller & de te perdre par la main, qu'on descende dans la rue, boire de l'alcool dans des pubs jusqu'à 5 heures du matin, quand on ne serait plus que le seuls debout. J'ai envie qu'on reste assis sur de hautes chaises de bar, à boire, à fumer & à parler, juste toi & moi ; & une musique triste en fond. & Puis quand le bar fermerait, on irait main dans la main contempler du réveil officiel de Paris. On déambulerait dans les rues, sur des trottoirs sales, on rirait comme ce n'est pas possible, & on finirait dans cette même chambre d'hôtel, nos corps ne faisant plus qu'un, à 7 heures du matin. Mais non. Peut-être un jour retrouverons nous l'insouciance de ces jours ; je l'espère en tout cas. Je te regarde & je souris toujours. Si seulement je pouvais te dire à quel point je t'aime mon Amour. Je ris doucement, dans le calme de la nuit, puis me dirige vers la salle de bains. Ta brosse à cheveux est posée sur le bord du lavabo, tu as encore oublié de la ranger. Demain, en partant, tu l'oublieras à nouveau & tu en rachèteras encore une, pour la énième fois. Je soupire doucement, la prends & la range dans ta trousse de toilette. Je me démaquille en silence, avec une lumière douce simplement, pour ne pas te réveiller. Je me dévisage dans le reflet que le miroir me renvoi. Je souris en pleurant, & en pensant à ton doux visage. A nos mains enlacées, à tes mots silencieux. Notre rythme de vie n'est plus la merveilleuse symphonie d'antan. Demain je me réveillerais & je reprendrais à nouveau tout cela, même en sachant que ce n'est pas la bonne voie. Je me lèverais, je boirais un café, fumerais une clope, prendrais une douche, m'habillerais, prendrais mon sac, payerais la note si tu ne l'as pas fait & partirais. J'entends déjà les paparazzis en bas de l'hôtel, criant mon nom. Mais j'ai choisis cette vie comme tu l'as également fait. Aujourd'hui je ne regrette rien, juste mon futur. Est-ce seulement possible de regretter quelque chose qui n'existe même pas encore, ou alors, dans un conditionnel ? Paradoxe étonnant, je sais. Mais je crois bien que je suis à moi toute seul un grand paradoxe. & Crois moi, tu en es un sacré aussi ! Mais je ne vois pas pourquoi je pense à tout ça maintenant, alors que je devrais être en train de m'assoupir dans le lit, près de la chaleur de ton corps. Je balaye d'un revers de la main mes larmes & éteins la lumière de la salle de bains avant de sortir. Je me déshabille & me glisse dans le lit en sous-vêtements. Presque immédiatement, tes bras viennent entourer mon corps & je sens ton torse nu se coller à mon dos froid. Surprise, je te chuchote quelques mots. « Tu dors pas ? ». Je t'entends étouffer un rire & tu me glisse à l'oreille. « Non, je t'attendais. Tu crois tout d'même pas que j'me serais endormi sans t'avoir serrer dans mes bras ni embrassé ? ». « J'sais pas, j'sais plus. Tu dois être fatigué ... ». « Oui. Beaucoup d'interviews aujourd'hui, je suppose que toi aussi ». « Effectivement ». ( ... ). « Eh, mon Ange ? » Chuchotais-je à nouveau. « Oui ? ». « Je t'aime ». « Je sais. & Moi aussi, tu n'imagines même pas à quel point. Dors maintenant, je veille sur toi ». Je souris tandis qu'il me déposais un baiser dans la nuque avant de plonger dans le sommeil. Le lendemain, je me réveillai seule dans le lit, à nouveau. Mais je m'y suis habituée depuis tu sais. Je n'ai plus qu'un petit pincement au coeur. Je souris en voyant le bouquet de roses rouges que tu m'as fait monter. J'en inspire l'odeur fortement puis attrape la carte qui figure entre les pétales. « Mon Amour, n'oublie jamais que je t'aime plus que tout. A bientôt ». Ta présence me manque déjà, si tu savais. Dieu seul sait quand est-ce que nous nous reverrons. 2 jours ? 1 semaine ? 4 mois ? Entre tournée, studio, photos, interviews & tout le reste, au milieu de tout ça, il y a toi & moi ; " Nous ". & Même si nous avons tout les deux choisis de concilier amour & carrière, c'est dur, affreusement dur. Mais je t'attendrais toute une vie s'il le fallait, tu le sais bien.